Article de La Croix du 18 juin 2012

La vie au travail : la mise en place d’un réseau d’échanges de savoirs transforme les relations humaines de l’entreprise.

Echanges de savoirs à La Poste, une innovation étonnante.

Responsable d’un réseau d’échanges réciproques de savoirs :  ne cherchez pas, la fonction de Maryannick Van Den Abeele (l), n’a d’équivalent dans aucune autre entreprise en France. Cadre à La Poste, elle a adapté à cette grande entreprise une démarche d’auto-formation venue du monde de l’économie solidaire. Les réseaux d’échanges réciproques de savoirs (RERS) sont nés il y a quarante ans en banlieue parisienne. Pour Claire et Marc Héber-Suffrin, les initiateurs de l’idée, il s’agit de recréer du lien social, au travers d’échanges directs et gratuits entre les personnes, sur la base de savoirs qu’elles n’ont pas toujours conscience de détenu. Tous les savoirs, même les plus petits, sont importants.

En 2006, Maryannick Van Den Abeele s’est dit que ces échanges de connaissances pourraient s’appliquer non seulement aux habitants des quartiers, mais aussi à des salariés, pour améliorer l’efficacité de tous dans le travail. La hiérarchie de La Poste, jusqu’au PDG Jean-Paul Bailly, a dit banco. « J’ai constitué un réseau national d’échanges au sein de la direction du courrier, explique-t-elle. Depuis le début, 1500 salariés se sont inscrits et ont généré 4500 offres et demandes de savoirs, sur le site Internet du RERS de La Poste ou lors des bourses d’échanges en direct. »

En cette matinée de mai, 25 « échangeurs », venus de toute la France, sont rassemblés dans une salle spacieuse de La Poste, boulevard Brune à Paris. Il s’agit surtout de cadres et de managers, mais lors des discussions, les grades s’effacent. Pour Maryannick Van Den Abeele, qui anime la réunion,  « maintenir l’égalité entre les échangeurs est essentiel. Le RERS participe directement au développement d’une culture collective et Coopérative dans l’entreprise ».

Au fur et à mesure de la matinée, les murs se couvrent de Post-it, verts pour les offres de savoirs, oranges pour les demandes. « Tous les participants doivent proposer au moins une offre et une demande, précise Yves Mathieu, ancien préposé au tri, qui travaille désormais à la direction du courrier à Strasbourg. « Aujourd’hui, c’est l’informatique qui concerne mes offres et mes demandes. Le RERS vient en complément des formations qu’on peut avoir en interne. C’est plus convivial! »

De son côté, Christophe Palmade, responsable des équipes de facteurs à Créteil, a des demandes sur des outils informatiques de l’entreprise postale et des offres sur l’organisation des équipes et sur la gestion d’un parc à vélos pour les facteurs. En se livrant avec franchise, il explique aussi: « J’ai pris confiance en moi depuis que je participe au RERS. Cela m’a aidé à progresser dans l’entreprise, en élargissant mes connaissances. »

Dans l’après-midi, les échanges se concrétisent entre collègues, qui ont pris sur leur, temps de travail, pour participer à cette journée. S’il n’est pas possible de répondre à une demande, on cherche d’autres « personnes-ressources» dans l’entreprise. Un site Internet a été réalisé, qui conserve aussi les archives des précédentes rencontres. Elles ont lieu une fois par trimestre, comme les bourses d’échanges locales. Le reste du temps, chacun des « échangeurs» peut contacter ses collègues pour dénouer des problèmes qui peuvent aller jusqu’aux risques psychosociaux et au mal-être des personnes.

En six ans, le RERS s’est intégré durablement dans la direction du courrier. «Il répond parfaitement à nos objectifs de conduite du changement et de montée des compétences », souligne Catherine Daneyrole, DRH de cette direction. « Le personnel y est très favorable; pour plus de 90 % des salariés, les bourses d’échanges ont répondu à leurs attentes professionnelles. Nous avons décidé de les inclure comme un outil de ressources humaines de notre école interne des managers. ». Et demain, d’autres réseaux pourraient naître dans d’autres services de La Poste. Et pourquoi pas dans d’autres grandes entreprises ? Maryannick Van Den Abeele souhaite, bien sûr, ne pas rester la seule de son espèce !

ÉRIC LARPIN

(l) Maryannick Van Den Abeele a raconté, avec Michel Van Den Abeele, l’expérience du RERS de La Poste dans « Échanges réciproques de savoirs en entreprise, un réseau ou service de l’entreprise responsable », paru en 2011 aux Éditions Chronique sociale.

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