RERS ET ETHIQUE

Situer les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs (RERS) par rapport à l’éthique implique de définir le concept d’éthique auquel on se réfère. Étymologiquement, les mots « éthique », d’origine grecque, et « morale », d’origine latine, renvoient aux mœurs, à l’analyse des mœurs, aux réflexions sur la conduite humaine. Le mot « déontologie » désigne lui aussi des règles, des devoirs, des obligations.

Les trois termes renvoient au comportement, à l’action de l’homme, à la prise de décision. Ils concernent ce qu’il faut faire, ce qui doit être fait (le devoir, les valeurs), par opposition à ce qui se fait (les mœurs).

Notre époque vit un développement de l´éthique appliquée en rapport avec des préoccupations environnementales et sociales. Dans les activités professionnelles et la gouvernance, la déontologie établit des codes de comportements.

Si l’éthique, prise dans son sens général, se propose d’établir les critères pour agir librement dans une situation pratique donnée et aider à choisir le comportement optimal et approprié dans le respect de soi-même et d’autrui, la finalité de l’éthique serait alors d’acquérir les connaissances nécessaires et suffisantes pour agir en accord avec sa conscience dans la perspective et l’objectif de mener à bien une action sociétale responsable.

C’est ce concept qui sera retenu pour servir de miroir aux RERS en entreprise :  d’abord, en quoi l’éthique est-elle présente dans les principes et les modalités de fonctionnement des  RERS , ensuite,  de quelle manière les RERS contribuent à une action sociétale responsable et, enfin,  comment les RERS sont  générateurs de valorisation, de coopération et de lien social.

1 – L’éthique de fonctionnement des  RERS

Quelques principes forts structurent le fonctionnement des RERS et donnent à cette démarche sa spécificité :

 1.1 La réciprocité : Il ne s’agit pas là de l’éthique de réciprocité ou « règle d’or », une morale fondamentale dont le principe est trouvé dans pratiquement toutes les grandes religions et cultures, et qui signifie simplement : « traite les autres comme tu voudrais être traité si tu étais à leur place ». Il s’agit du principe fondamental des  RERS selon lequel tout participant a vocation à se retrouver dans la position d’offreur (de savoir) et dans celle de demandeur, c’est-à-dire alterner les deux actions que sont donner et recevoir. Ce principe fonctionne de manière circulaire et non binaire : la « dette » est créée envers l’ensemble du réseau et non envers la personne qui a transmis son savoir. Sans réciprocité, l’équilibre du système ne se ferait pas. Chacun possédant des savoirs mais aussi des lacunes, une parité sociale va pouvoir s’installer entre membres du réseau. C’est parce que l’on se retrouve à la fois « enseignant » et « enseigné » que notre propre comportement va évoluer. Prise de conscience, valorisation, acquisition de connaissances, confiance en soi… sont ainsi  présents tous les matériaux permettant de se construire soi-même plutôt que d’attendre l’assistance des autres ou de la société. Cette réciprocité formatrice contribue à construire des solidarités, de la coopération et de la citoyenneté active.

1.2 Le volontariat et la liberté de choix : Il n’y a pas d’obligation d’adhérer au RERS. L’adhésion à cette démarche relevant de l’initiative personnelle, les participants deviennent acteurs de leur propre développement car ils entrent dans une démarche volontaire porteuse d’autonomie, d’engagement, de motivation. Cela leur permet notamment de vaincre leurs inhibitions, d’exprimer librement leurs offres et demandes et de choisir sur quoi, avec qui et quand échanger des savoirs.

 

1-3 L’égalité des personnes et des savoirs : Il n’est pas fait de hiérarchie entre les savoirs au sens où l’importance du besoin d’acquérir une connaissance est propre au demandeur et ne peut être comparé au besoin d’une autre personne. Dans le même esprit, le fait de se retrouver alternativement dans la situation de l’offreur et du demandeur met les participants sur un pied d’égalité et contribue fortement à faire disparaître les appréhensions  et à transformer le regard sur soi-même et sur l’autre.

1-4 La gratuité : Les échanges de savoirs ne sont pas une activité marchande et ne donnent lieu à aucun paiement.

1-5 La confidentialité et le respect de l’autre : les participants s’engagent à ne pas diffuser les informations recueillies sur les personnes rencontrées dans les RERS. Ils ne jugent pas du bien-fondé des offres et demandes des collègues et ne posent de questions que pour approfondir le contenu du savoir échangé.

1-6 La confiance a priori : La connaissance et la maîtrise du savoir professionnel qu’il va transmettre est un a priori accordé à l’offreur. Les échanges s’accompagnent de confiance mutuelle et de responsabilisation. Les différentes fonctions des  RERS (socialisation, intégration, apprentissage, diversification pédagogique) conduisent les individus à prendre en main leur développement et à choisir tout à la fois le contenu des échanges et les personnes avec qui ils vont échanger.

2 – La contribution du RERS à une action sociétale responsable de l’entreprise

Une approche de ce que vers quoi doit tendre une action sociétale responsable peut être illustrée par cet extrait du Manifeste de la Banque Ethique Européenne : « C’est un véritable défi qu’elle (la Banque éthique européenne) se pose : centrer l’économie sur l’être et non l’avoir. Il s’agit de ne plus céder à l’image d’une société où chacun lutte contre l’autre pour sa propre survie, et de donner libre cours aux forces de justice et de fraternité présentes en chaque être humain. »[1]

Pierre Lévy, quant à lui, pense que l’ère de l’information dans laquelle nous sommes entrés place les hommes devant un choix crucial : « Ou bien le ‘ cyberespace’ reproduira le médiatique, le spectaculaire, la consommation d’informations marchandes et l’exclusion à une échelle encore plus gigantesque. C’est, en gros, la pente naturelle des ‘autoroutes de l’information’. Ou bien nous nous mobilisons en faveur d’un projet de civilisation centré sur l’intelligence collective : recréation du lien social par les échanges de savoirs, reconnaissance, écoute et valorisation des singularités, démocratie plus ouverte,  plus directe, plus participative. » [2]

Pour les entreprises, le concept de responsabilité sociétale traduit la prise en compte dans leurs valeurs et dans leurs activités, des préoccupations économiques, sociales et environnementales ainsi que les interactions avec leurs parties prenantes. Elles adoptent alors les meilleures pratiques possibles et contribuent ainsi à l’amélioration de la société et à la protection de l’environnement.  La responsabilité sociale pourrait, quant à elle, se traduire par une sorte de « contrat social » entre l’entreprise et ses salariés d’une part, entre l’entreprise et la société d’autre part.                                                                                                    

Quelle est la contribution des  RERS à ce mouvement de transformation de l’entreprise ?

2-1 Faciliter l’entrée dans l’ère de la connaissance

 

L’adaptation des entreprises à l’évolution permanente de leur environnement passe, entre autres, par l’optimisation du potentiel de leurs salariés. En effet, la compétitivité, pour ne pas dire la survie, des entreprises dépend de plus en plus de la rapidité avec laquelle les informations et les connaissances circulent entre les salariés afin que les problèmes à résoudre le soient le plus vite possible. Cela implique un renouvellement des modèles de transmission et d’acquisition des connaissances. Or, les RERS  sont  au cœur de cette transformation. Les modalités d’échange de connaissances qu’il mettent en œuvre accompagnent le droit au savoir de chacun en s’appuyant sur la volonté et la capacité d’apprentissage des participants. Le ciblage des savoirs recherchés ou offerts, la rapidité, la souplesse et l’adaptabilité des échanges, le climat de confiance et de sympathie qui s’installe entre les participants font des  RERS un dispositif apprécié. Il font  ainsi partie des leviers d’actualisation des compétences nécessaires à l’accompagnement des évolutions de l’entreprise.

 

2-2 Contribuer à l’émergence d’une éthique sociale au sein de l’entreprise

 

à Par la prise de conscience  de ce qu’est un citoyen responsable : agir au sein d’un collectif en respectant les autres, mettre ses actes en conformité avec la reconnaissance des valeurs humaines fondamentales, non seulement tolérer les différences mais s’enrichir d’elles… autant d’attitudes, parmi d’autres, qui peuvent caractériser la notion de citoyen responsable. En contribuant ainsi à la prise de conscience de ses possibilités, en lui donnant accès aux dimensions d’un réseau de solidarité, les RERS apportent au participant une conscience plus nette de leur  position dans la société, ce qu’exprime Michel Serres : « Les réseaux d’échanges réciproques de savoirs ont inventé des outils, et je n’en connais pas beaucoup d’autres, qui prouvent, non par des mots mais par des pratiques, que tout être humain a quelque chose à dire et à apprendre à autrui, et que son choix ne se réduit pas à l’assistance ou au pouvoir. Motivation et efficacité sont deux paramètres qui vont de pair. Aujourd’hui, c’est surtout le désengagement des salariés qui représente un véritable danger pour les entreprises. Il est essentiel que ces dernières soient plus à l’écoute de leurs salariés, investissent dans la recherche et la formation et adoptent des valeurs plus morales. L’entreprise est devenue trop souvent un endroit où l’on ne produit ni ne partage des valeurs communes.

3-Le RERS, outil de valorisation des personnes

3-1 RERS et confiance

 

Yann Algan et Pierre Cahuc[3] pensent que la crise de confiance est la caractéristique majeure de l’opinion française et qu’elle va au-delà de la perte de légitimité des entreprises et de leurs dirigeants. Cette défiance envers les autres aussi bien qu’envers l’État se manifeste, entre autres, par une baisse du civisme et de l’engagement associatif. Plus de 50 % des Français pensent que pour arriver au sommet, il faut être corrompu. Quand deux Scandinaves sur trois pensent que l’on peut faire confiance aux autres, on ne trouve qu’un seul Français sur cinq pour penser la même chose…

Or, les échanges au sein d’un RERS s’accompagnent de confiance mutuelle et d’écoute de l’autre. De plus, en faisant changer le regard porté sur soi, il accroît le sentiment de confiance en soi : auto-évaluation de ses forces et faiblesses, valorisation, diminution de l’inhibition liée aux éventuelles différences de niveau…

3-2 RERS et reconnaissance

Si la motivation est un puissant ressort de l’efficacité, la reconnaissance (à travers tout ce qui fait « qu’on est content d’y aller ») est un élément fort de la motivation. Le RERS entraînent la reconnaissance du savoir que l’on détient par la personne qui vous choisit en tant qu’offreur. Cette reconnaissance se poursuit au travers de l’évaluation positive mentionnée sur la fiche bilan. Dans l’entreprise, c’est aussi la reconnaissance du manager qui encourage son collaborateur à offrir ses savoirs, ou qui le recommande à d’autres personnes.

L’information juste, le dialogue ouvert, l’échange, sont différentes manifestations de la gestion humaniste d’une entreprise. La première étape de la reconnaissance est le respect.  Peut s’installer alors la prise de conscience que l’on possède des connaissances utiles aux autres. . S’en suit un sentiment de valorisation. Ce ressenti va de pair avec la satisfaction d’apporter quelque chose (apport le plus souvent cité par les offreurs), avec la fierté de pouvoir répondre positivement à une sollicitation, avec un renforcement de la confiance en soi. En effet, en pratiquant les échanges, les personnes se construisent une meilleure image d’elles-mêmes, qui se reflète sur leurs comportements.

 

4- Les RERS, outils de coopération et de mobilisation de l’intelligence collective

Solidarité, égalité, altruisme, responsabilité, mutualisation sont des valeurs de référence que l’on retrouve dans la plupart des statuts de coopératives. Cet esprit rejoint celui des  RERS, tout comme le travail collaboratif  ou le concept d’intelligence collective.  Le partage de connaissances, d’expériences, d’idées, la réciprocité, la satisfaction de progresser soi-même en aidant autrui, le sentiment d’appartenance sociale… autant de leviers d’une interdépendance positive dont peuvent se réclamer toutes les démarches coopératives ou collectives. Pierre Lévy exprime cela ainsi : « Les réseaux d’échanges réciproques de savoirs illustrent magnifiquement l’éthique et la pratique de l’apprentissage coopératif et inventent une nouvelle forme du lien social. Chaque être humain est, pour les autres, une source de connaissances. Là, l’intelligence collective n’est pas la fusion des intelligences individuelles dans une sorte de magma communautaire mais, au contraire, la mise en valeur et la relance mutuelle des singularités. Actuellement, non seulement les structures sociales organisent souvent l’ignorance sur les capacités des individus, mais elles bloquent les synergies transversales entre projets, ressources et compétences, elles inhibent les coopérations. Pourtant, la multiplication des intelligences les unes par les autres est la clef du succès économique, à l’échelle aussi bien des nations que des entreprises. »[4]

àLe développement de l’esprit collectif : l’altération progressive de l’efficacité des structures classiques conduit à l’émergence de nouvelles formes organisationnelles mieux adaptées aux challenges économiques et sociaux qui s’annoncent. À l’entreprise pyramidale et en silo paraît devoir se substituer progressivement une entreprise fonctionnant de manière transverse et par projets, organisée en réseau, où travail collectif et coopération peuvent trouver un véritable sens. De nouvelles méthodes managériales et d’autres conceptions de capital humain devront accompagner cette mutation. Redécouvrir le travail collectif (en particulier avec l’avènement de l’informatique et d’Internet), oser des modes de travail collaboratifs, organiser et reconnaître la compétence collective,  renforcer la culture de coopération et l’esprit d’équipe, développer le lien social et la convivialité, faciliter les effets des échanges sociaux seront autant d’actions indispensables.

Les échanges qui s’effectuent au sein des  RERS contribuent à cela. La quasi-totalité des participants estime qu’un  RERS conforte les relations avec les collègues et les notions d’apport mutuel, d’entraide, de compréhension des difficultés des collègues, de meilleure communication, de tolérance, de solidarité, de respect reviennent très fréquemment dans les propos des participants. Incontestablement, un tel  dispositif installe un rapport de confiance avec les autres  et permet ainsi aux  participants de se rencontrer  dans une relation de parité qui désamorce les mécanismes de compétition et de rivalité et favorise le travail en équipe.

Les échanges transverses, outre le fait qu’ils facilitent l’intégration et améliorent la compréhension entre filières professionnelles différentes, favorisent également la mobilité par la découverte d’autres fonctions, d’autres lieux, d’autres méthodes de travail.

 

à Les rapports intergénérationnels : si les divergences entre générations sur les références, les valeurs, les modes de fonctionnement ont toujours existé, la fracture comportementale entre les ressortissants de la « génération numérique » et leurs aînés met en relief des difficultés nouvelles à communiquer, se comprendre, partager, en un mot, à cohabiter entre ces tranches d’âge. Il n’est pas certain que la gestion des ressources humaines ait intégré toute l’importance de cette problématique à un moment où les entreprises doivent retrouver la confiance de leurs salariés, où la motivation des personnels implique, entre autres, une coopération entre eux.

Certaines démarches, individuelles (tutorat, mentorat) ou collectives, contribuent à la compréhension et à la collaboration entre générations mais sont souvent unilatérales, du  senior vers le junior. Le fonctionnement des  RERS favorise la rencontre et le brassage d’expériences et nous savons que la transversalité y est importante puisque plus de la moitié des échanges effectués en entreprise se font entre personnes appartenant à des services différents. Mais on constate également que ces échanges sont effectués de manière équilibrée entre personnes appartenant à des tranches d’âge différentes. La réciprocité, qui engendre l’alternance des situations de demandeur et d’offreurs et annihile ainsi les notions d’infériorité ou de supériorité, facilite les échanges intergénérationnels. Elle contribue ainsi à briser la logique les « anciens qui savent » face aux « jeunes qui ont tout à apprendre » et génère un état d’esprit d’ouverture.

 

àCoopération et innovation : au-delà de la maîtrise des aspects techniques et  réglementaires du domaine dans lequel on œuvre, le développement de l’innovation suppose un état d’esprit favorisé par la culture d’entreprise, l’organisation du travail et le management des hommes. La capacité d’innovation d’une entreprise dépend en effet de la capitalisation des savoirs et des modes de transmission de ces savoirs. Elle dépend aussi du décloisonnement et de la volonté de coopération qui permettront une diffusion en réseau des connaissances. Elle dépend enfin du climat de confiance qu’aura su créer l’entreprise. Les RERS vont  dans ce sens, non seulement en faisant circuler les connaissances, mais également  en valorisant les personnes, en leur montrant qu’il n’y a pas de hiérarchie entre les savoirs et les idées, en confrontant les expériences et en créant ainsi les conditions d’une amélioration permanente.

 

àLes RERS, outils d’un management « responsable » :

Persuadés que les nouvelles technologies n’apporteront pas ce qu’on attend d’elles si elles ne sont pas accompagnées d’un nouveau regard sur le monde et sur l’humain, persuadés aussi que le souci du participatif et du collectif doit compléter la recherche du résultat individuel, de plus en plus de responsables de grandes entreprises s’accordent à dire que le manager de proximité est le pivot du lien social et qu’il lui revient d’organiser et de développer la coopération entre les équipes, d’encourager l’émergence de communautés d’in­térêt, pour que tous convergent vers un objectif partagé.

Lorsqu’on considère les apports d’un  RERS mis en exergue par les participants eux-mêmes, on constate que reviennent le plus souvent un certain nombre de valeurs fortes : le sentiment d’appartenance à un réseau dans lequel la culture du travail en équipe, la cohésion, l’écoute, la tolérance, le respect de l’autre, la solidarité. On voit également que, favorisant l’autonomie et la responsabilité, et faisant évoluer le regard sur soi, un  RERS a, toujours selon les participants, un impact positif sur l’accompagnement des collaborateurs, sur la communication au sein de l’entité, sur la répartition du travail au sein de l’équipe ou encore sur le dialogue social. Ces résultats permettent de considérer qu’il améliore les compétences managériales ainsi que leur mise en œuvre. Tous ces bénéfices peuvent se transformer en véritable outil de management entre les mains d’un responsable convaincu de l’intérêt du dispositif, pour relancer le dialogue et l’intérêt mutuel entre les membres d’une équipe, ou bien encore fédérer autour d’un projet.  Même si une telle approche n’est pas la nature première d’un  RERS, elle se révèle assez souvent un profit « collatéral » pouvant être parfois d’une grande utilité pour un responsable confronté à une problématique managériale.

 

 

 

 

5- Les RERS, générateurs de lien social et de mieux-être au travail

 

Les relations, les appartenances qui unissent les individus les amènent à se sentir membres d’un même groupe et à envisager leur environnement d’une manière différente, sous un angle moins individuel. Le lien social est facteur de cohésion sociale. Durkheim appelait cela la conscience collective. Claire et Marc Héber-Suffrin, fondateurs des RERS, ont défini ainsi la relation créatrice qui unit les échanges de savoirs et la notion de lien social : « Les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs contribuent à la construction du lien social (se sentir d’une société dont on est aussi responsable), des relations sociales, paritaires (fondées sur l’estime de soi et la reconnaissance d’autrui) et pacifiées, et à l’élargissement, pour leurs participants, de leur capital social (enrichi en nombre de personnes, élargi au niveau d’une hétérogénéité sociale et culturelle vécue comme une chance). Ils peuvent aider au changement de représentations des autres comme personnes, comme groupes sociaux. Ils luttent contre les exclusions et les discriminations, en particulier au niveau des savoirs et de la reconnaissance sociale ».[5]

àRERS et intégration : lorsque le rapport au savoir devient central, il devient aussi un facteur d’exclusion s’il dépend du niveau social et économique de chacun. L’émergence des RERS prend donc une signification sociale fondamentale. Ils offrent à cha­cun la possibilité gratuite de développer ses compétences d’apprentissage et de transmission de savoir dans des réseaux sociaux de proximité, qui permettent une véritable intégration des connaissances professionnelles dans la vie quotidienne au sein de l’entreprise.

Chaque entreprise dispose et fait plus ou moins usage de moyens d’aide à l’installation des nouveaux salariés (livret d’accueil, journées d’intégration…). Un  RERS contribue également à l’intégration des « nouveaux » (nouveaux dans une fonction, dans un territoire, dans l’entreprise). L’appartenance à un réseau susceptible d’être sollicité à tout moment et la conviction rassurante que d’autres personnes sont disponibles pour vous transmettre le savoir qui peut vous permettre de franchir une étape difficile ou simplement de gagner du temps et de vous libérer l’esprit, est essentiel. Le  RERS propose un catalogue des offres et l’annuaire des participants de l’entreprise, ce qui permet de trouver la « bonne personne » disposant du  savoir recherché.

à RERS et mieux-être au travail : de nombreuses études témoignent d’une dégradation progressive de la vie quotidienne au travail dans maintes entreprises. S’installent progressivement le stress, l’absentéisme, divers troubles psychologiques, autant d’expressions d’un mal-être au travail. Des entreprises ont aujourd’hui admis que prendre soin de leurs employés et de leur environnement était une condition majeure de développement, de survie même. Plusieurs axes de travail peuvent y contribuer, notamment la santé au travail et l’intégration des salariés.

La santé peut être mise en cause par des risques psycho-sociaux dont la nature se situe à l’interface entre l’individu et la situation de travail. Cela se manifestera alors par du stress, du mal-être, de l’inquiétude, voire de l’angoisse, de la souffrance ou de l’épuisement au travail, ces situations pouvant engendrer diverses pathologies. La prise de conscience des effets des conditions de travail sur la santé des salariés entraîne de plus en plus souvent l’intégration de mesures préventives  dans les plans stratégiques des entreprises. Mais la route sera longue.

Dans un objectif de création de lien social, les RERS se révèlent un dispositif intéressant. En effet, le sentiment d’être moins isolé, la solidarité,  l’allègement de la pression et du stress au travail, le renforcement de la motivation et de la confiance en soi… sont autant de ressentis partagés par plus de 85 % des participants. Et cet impact positif sur le « mieux être » au travail est d’autant plus  important que l’entreprise est susceptible de connaître des évolutions et des transformations fortes.

àLe fonctionnement en réseau : selon Edgar Morin, penser en réseau, c’est relier des personnes, des savoirs, des perspectives. Cette vision est confirmée par les enseignements tirés d’un questionnaire adressé à des membres des  RERS. Ils citent tous « le besoin d’appartenir à un réseau permettant le partage de connaissances, d’expériences, de bonnes pratiques et l’entraide. » Parmi leurs attentes, on retrouve fréquemment les concepts du « penser réseau, être dans une logique collective et solidaire. »

Face à ces aspirations, les RERS confirment leur  dimension d’outil de changement culturel en facilitant la prise de conscience  d’un autre type de culture d’entreprise. Les participants  acquièrent une culture de l’échange et renforcent le sentiment de communauté qui les relie aux autres. Une autre caractéristique du fonctionnement en réseau apparaît fondamentale pour les années à venir : l’universalité des savoirs disponibles et l’immédiateté de la mise en relation permettent de disposer de la connaissance instantanément et de la partager pour être plus efficace dans l’élaboration de la solution. Les RERS sont  indubitablement un outil qui permet de s’inscrire dans cette logique.

Conclusion

 

 

Si les RERS répondent en premier lieu à un besoin d’acquisition de savoirs et de développement des compétences (dans l’objectif éthique d’acquérir les connaissances nécessaires et suffisantes pour agir), ils permettent également (et ce n’est pas leur  moindre intérêt) de faire évoluer la culture et les comportements : culture de l’échange et du partage (plutôt que de la rétention), de l’évaluation, du travail en équipe, de l’initiative, de la coopération et de la solidarité. Ils renforcent l’autonomie et redonnent toute sa valeur à la confiance (en soi, dans l’autre, dans l’entreprise).

On constate ainsi que, parmi les droits essentiels que les principes éthiques doivent prendre en compte, un certain nombre sont respectés ou renforcés par les RERS : le principe de non discrimination (parité, égalité), le droit à l’information, le principe du libre choix, du consentement éclairé et de la participation de sa personne, le droit à la renonciation, le droit à l’autonomie, le principe du soutien, le droit au respect, à la dignité et à l’intimité.

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