Préface du livre »réseau d’échanges réciproques de savoirs, un réseau au service de l’entreprise responsable » par Hervé Sérieyx

Vers la construction d’une société apprenante

Portées par la sophistication croissante des technologies de l’information et de la communication, nos façons de vivre et d’agir ensemble sont en train de connaître une mue dont nous prenons difficilement conscience. Elles contribuent pourtant à bouleverser nos pratiques collectives, notre conception du droit, notre définition de la gouvernance, nos relations inter individuelles, l’économie même des rapports qui permettent ou non à des personnes de « faire société ».

Mais le destin hésite. Comme l’ont montré tant d’évènements tragiques au siècle dernier, une même technologie peut favoriser l’émergence d’un mieux être de l’humanité ou produire d’abominables régressions.

Ici, la multiplication de ces prothèses numériques nous précipite dans un univers hypercommunicant où tout le monde se parle en continu sans s’écouter, où l’échange d’information dispense de penser, où l’outil prend peu à peu le pilotage de celui qui s’en sert, l’asservit, l’abêtit et, peu à peu, le prive sans qu’il s’en rende compte de sa propre liberté.

Là, le web 2.0 et les réseaux sociaux font surgir un nouveau pouvoir collaboratif, horizontal, révolutionnaire, inattendu qui parvient à déboulonner les pouvoirs verticaux les mieux établis, comme en Tunisie ou en Egypte : mais ce sont des pouvoirs d’annulation (« Dégage ! ») et pas encore de construction. La méthodologie démocratique n’a pas encore inventé la façon d’opérer la conjonction entre le pouvoir de la pyramide et celui du réseau, le pouvoir qui structure et celui qui déconstruit, le pouvoir qui fédère et celui qui libère.

Mais il est un domaine où – pour peu qu’on le veuille, qu’on l’expérimente et qu’on en tire des méthodes de généralisation- ces merveilleuses TIC peuvent nous faire gravir collectivement un degré sur l’échelle de l’humanisation, selon les critères d’Hubert Reeves, ou nous rapprocher de la Noosphère, pour faire référence à Teilhard de Chardin, c’est le partage volontaire, gratuit et généreux de nos connaissances.

C’est dans ce champ passionnant que se situe l’ouvrage de Maryannick et Michel Van Den Abeele. Partant d’une démarche menée dans le Groupe La Poste, les auteurs montrent combien les Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs (RERS) peuvent être vecteurs d’une véritable révolution culturelle au sein d’une entreprise, d’une mutation de sa responsabilité sociétale, d’une métamorphose des relations entre les acteurs et d’une transformation personnelle de chacun de ceux-ci.

La description précise de la démarche, de ses processus, de ses points clefs, de ses effets convainc le lecteur qu’il y a là beaucoup plus qu’une nième méthode managériale pour accroître des performances économiques : même si le présent livre situe les RERS dans le seul domaine de l’entreprise et démontre tout ce que celle-ci peut y gagner en efficacité globale, c’est bel et bien à une nouvelle forme de citoyenneté que nous invitent les auteurs, une citoyenneté de l’échange et du partage des savoirs qui ferait émerger une société apprenante sans cesse plus féconde et plus libératrice pour chacun de ses membres.

Le sociologue américain Richard Sennett écrivait récemment : « La complexité des moyens de communication dépasse notre capacité à en faire bon usage et, notamment, à établir une véritable coopération ; la société moderne produit une complexité matérielle qu’elle ne sait pas exploiter »(1).

 Maryannick et Michel Van Den Abeele nous donnent sans doute, avec leur beau livre, une des clefs de l’avenir pour nous évader de la prison dans laquelle Senett nous pense enfermés. Les RERS, que Claire et Marc Héber-Suffrin ont enfantés il y a maintenant quarante ans, pourraient bien devenir l’outil majeur d’une renaissance citoyenne. Le philosophe François Flahault se demandait récemment : « Où est passé le bien commun ? » (2). Les auteurs répondent qu’il nous est dorénavant possible de le retrouver en construisant ensemble une société apprenante qui enrichirait sans cesse ceux qui la composent. Que les concepteurs des RERS et les deux auteurs soient ici remerciés pour avoir défriché pour nous les chemins de cette espérance.

 Hervé Sérieyx

1« Mensonge méritocratique » ; Richard Senett ; Débats Décryptage ; Le Monde ; 2011

2« Où est passé le bien commun ? » ; François Flahault ; Editions Mille et une Nuits ; 2011

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